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Dire que la mort de Makoto m'ait laissée complètement indifférente serait mentir. Je l'aurais pas cru, mais j'avais quand même fini par m'y attacher, à ce vieux croûton. C'est maintenant qu'il était parti, que je me rendais compte qu'il laisserait un grand vide. J'ai revendu le pommier et la guitare, mais j'ai conservé le piano, en souvenir. Je lui devais bien ça, pauvre vieux, il avait su se montrer suffisamment généreux pour que je lui pardonne ses caprices des derniers jours.

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J'étais allée me recueillir devant la jolie tombe en or que je lui avais commandée toute hâte à la place de celle en ciment qui lui était réservée depuis le début de notre rencontre, et je lui faisais part de mes soucis...
- Bon alors Makoto, je t'explique : J'ai le choix entre trois prétendants : Christian Bienaimé, Corentin Jourdan et Adam Rétignol, tous bourrés de flouze. Tu prendrais lequel toi, Makoto ?

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Même pas entendu la réponse, parce que j'ai été dérangée par Corentin.
- Gara, je suis venu aussi vite que j'ai pu dès que j'ai appris la nouvelle. Alors ça y est, il est parti ? Il a pas trop souffert le pauvre homme ?
- Ah, Corentin, vous tombez bien ! Si vous saviez ce que ça me réconforte de vous savoir là. Je me sentais si perdue, si désorientée...
- Je comprends-je comprends. C'est un grand choc, bien sûr.

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- Mais faut pas rester comme ça, Gara. Vous êtes encore très jeune, -si-si-, et vous allez trouver à vous remarier.
- Mais j'espère bien ! C'est pas ça le problème ! Le problème, c'est de savoir avec qui.

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- Mais avec moi, si vous voulez ! Gara, je vous aime ! Je vous ai aimée dès le premier soir.
Et le voilà qui se jette sur moi et me ramone les amygdales.
- Oh, Corentin ! Pas si vite ! Vous oubliez que je suis en deuil ! Si les voisins nous voyaient c'en serait fini de ma bonne réputation. Allons plutôt nous asseoir dans la voiture.

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Mais là... il a dû se méprendre sur mes intentions, parce que... oui.
OOOOUUUIIII, nous l'avons fait ! Nous avons craquecraqué dans la voiture ! Et comme il faisait nuit noire, je me suis pas trop rendue compte que je le faisais avec un vieux et j'ai pas trouvé ça si désagréable, ma foi !

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Oui-mais bon ! Ayant appris sur la banquette que lui aussi aspirait à la popularité, et comme je sortais d'en prendre... j'ai préféré lui dire au-revoir -et peut-être à bientôt- et appeler mon Christian plein de flouze.
Il est arrivé au moment où Corentin était revenu déposer à ma porte... déposer à ma porte... roulement de tambour... suspens insoutenable... Hé-oui, vous aviez deviné : Un énorme bouquet de roses rouges !
- Yo man ! Toi aussi t'es venu présenter tes condoléances ?

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- Comme c'est gentil à toi d'être venu aussi vite, mon Cricri d'amour
- Heu... Gara, qui c'est ce type que j'ai vu devant ta porte en arrivant ?
- Qui ? Corentin ? Oh juste un ami de Makoto qui est venu m'apporter des fleurs pour sa tombe par politesse. Entre vite mon cricri, reste pas sur le trottoir.

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- Tiens, tu veux bien me rendre un petit service pendant que je vais passer une tenue mieux adaptée aux circonstances ?
- Mais bien sûr ! A quoi je pourrais t'être utile ? Tu veux que je prépare les faire-parts ?
- Ben... non, on fréquentait pas tellement de monde, tu sais. Mais avant de les utiliser, tu pourrais pas déboucher les toilettes ? Makoto a pas eu le temps de le faire avant de mourir. Et n'oublie pas de passer un petit coup d'éponge sur la cuvette après t'en être servi. Je supporte pas la crasse, moi!

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- Ayé, je suis prête !
Ah toi aussi t'aimes le piano ? Tu m'as pas l'air doué-doué dis-donc !
- Deux points de créativité, m'en faudrait quatre pour mon boulot, alors faut que je m'en occupe.
- Ca peut peut-être attendre cinq minutes ? J'ai quelque chose à te proposer.

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- Avec toi je sais que je peux être franche, tu connaissais nos relations. Alors je te raconterai pas que la mort de Makoto me plonge dans le désespoir. Surtout qu'il a fait qu'une chose de bien dans sa vie, le débris : son testament. Je suis sa légataire universelle -si ce n'est cette saleté de Jeannine qu'a quand même réussi à lui soutirer 296$, mais bref passons. Du coup, je suis riche.
- Woh ! Si riche que ça ?
- Ben-oui quand même : 20 000$ d'assurance vie plus 17 000 qu'il avait sur son livret, fais le calcul! Alors maintenant que tu sais que c'est pas ton flouze qui m'intéresse, on pourrait peut-être se marier ? Hein ? Qu'est ce que t'en dit mon cricri ?

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- Oooh, mais alors, c'est qu'elle est vraiment riche, ma petite croqueuse de diamants ! Ben moi, tu vois, c'est plus ce que c'était. La Bourse s'est effondrée hier soir et de toute ma fortune, me reste plus que 4 000$. Je t'aurais bien demandé en mariage, mais maintenant, j'ai des scrupules.
- Ah-mais faut pas ! Bon d'accord, 4 000$ c'est pas la fortune dont tu parlais, mais c'est toujours mieux qu'1$. Et puis tu m'as pas dit que t'étais bookmaker ? C'est pas un boulot de vieux, ça. Tu peux encore te refaire !

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- Oui-mais-nan, j'ai des scrupules, je te dis !
- Et moi je te dis que faut pas ! Tiens ! J'offre les bagues de fiançailles. T'as juste à la passer à mon doigt, mon cricri.
Comme il avait pas l'air bien décidé, je lui ai offert les alliances dans la foulée, mais on n'a pas pensé à prendre de photo-souvenir parce que...

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Parce que le cricri, c'est pas ce que je croyais. Aspiration amour, qu'il était et notre mariage lui avait laissé comme un goût amer
- Oh-mais, faut rien regretter mon cricri, tu vois le mariage, c'est pas la mort !
Pas déjà !

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Nous avons consommé la nuit de noces et je dois dire qu'au lit il assurait comme un chef. C'est vrai qu'à 54 ans -même s'il en paraîssait dix de plus-, il avait encore un peu nerf dans le pantalon.

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Toute la journée, je l'avais employée à décrocher mon badge d'or en couture et quand il est rentré du travail, -même s'il avait pas eu de promotion parce qu'il avait eu autre chose à faire que de s'occuper de son physique et de sa créativité-, il me ramenait quand même une jolie prime qui me faisait penser que j'avais eu raison de lui faire confiance : Il allait pas tarder à se refaire et m'offrir la belle vie à laquelle j'étais en droit de m'attendre. Mais ? Mais ? C'était qui, la grognasse dans la bagnole ?

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Moi j'étais en train de siroter un petit café sur mon canapé à 770$ et ça faisait un petit moment que je guettais son retour, installée devant la fenêtre, et là... toutes mes illusions se sont effondrées en une seconde.

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Pas gêné, le Christian ! Le voilà qui roule un patin à la grognasse juste sous mes yeux. Non-mais hé ! Il se prenait pour qui, le tombeur ? Ca, il me connaissait mal ! Je te garantis qu'il l'emporterait pas au paradis !

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- Pfiou ! Quelle journée ! Je suis vanné ! Ah, t'as fait du café ? T'es formidable toi, tu penses à tout! Gara ? GaAAra ? Elle est où ma petite femme chérie d'amour ?

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Je t'en ficherais de la petite femme chérie d'amour, sale faux-jeton !
- Je suis dans ma pièce, Christian, je finis mes rideaux! Si tu pouvais servir le dîner, ça m'arrangerait!