10 juillet 2007
1. Fait pas chaud !

Nous arrivâmes à la base désaffectée par un froid polaire. Une série de bâtiments perdus au milieu de nulle part qui, à première vue, nous fit meilleure impression que la maison des souffre-douleur. Mais il y avait où se perdre. Nous demandâmes à Intell quelques explications.

- Meuh c’est tout simple ! Là, tout de suite à droite en entrant, c’est le quartier numéro 4, le seul qui ait accès à la rue. Il y a aussi un téléphone, donc ceux qui y habiteront pourront sortir du terrain et aller gérer le commerce. Si ça vous semble trop compliqué, on commencera par là, Zundapp et moi.
Juste derrière, le quartier numéro 1 donne sur le bar et la cuisine… Hanyo et Fonsine, vous pourriez peut-être prendre celui-là ? Comme ça, Hanyo pourra continuer à nous faire de bons petits plats et toi Fonsine, on t’entendra pas râler.
Dans le fond à droite, celles qui seront au numéro 2 auront toutes les veines : un lit double, une télé, une bibliothèque…
- On prend celui-là ! s’écria Parker qui ne manquait pas de culot.

- Et nous ? Il est où le quartier numéro 3 ? Tu l’as oublié Intell ? interrogea Lorraine.
- Nan-nan, je pense à tout moi ! Il est au sous-sol du numéro 2. Il donne sur la serre. Donc, Lorraine et Kimarion, ce sera à vous de vous occuper des légumes. Méfiez-vous, on aura que ça pour se nourrir, y a pas de lac, pas d’étang pour pêcher. Comme après cinq jours on avancera tous d’une case, ce sera à vous de gérer le commerce. Vous avez un kit de préparation florale dans votre chambre pour vous y préparer.
En face vous avez la salle de bain avec trois douches, voyez, je me suis pas fichu de vous. Et pour manger, c’est entre les deux.
On y va ? Venez je vais vous faire visiter, proposa-t-il l'air ravi-ravi de lui.

- Alors là c’est le bar, annonça-t-il en nous emmenant dans le bâtiment central. C’est une zone commune, donc nous pourrons tous nous y retrouver. Vous remarquez qu’il y a un billard, des jeux d’arcade, de la musique…
- Rha, Hanyo, tu pourrais écouter les explications ça pouvait attendre, les mots croisés !
- Ta ta ta ! Les explications c’est pour les petites têtes comme toi. Je le vois bien que c’est le bar et qu’il y a un billard et tout le tremblement, j’ai pas besoin qu’on me fasse la visite guidée, moi !

- Je vous sers un cocktail pour arroser notre arrivée, les filles ? proposa Intell.
- Nan, pas de cocktail ! On va pas commencer à picoler. T’as pas fini de nous faire visiter.

- Si-si, sers-nous un cocktail Intell, ça va pas recommencer comme là-bas. Ca suffit de faire ta chef Fonsine ! T’as pas d’ordres à nous donner, chacun fait ce qu’il veut ! Si t’es pas contente, t’as qu’à t’enfermer dans la chambre, tu nous verras pas.

OKaaaay ! Elle se croyait à Lamapaluzza, la déesse ! Elle se jouait des films! Elle pensait qu’elle avait tout le temps devant elle ! Ben on allait jouer à chacun sa peau. Je commençai par m’acheter une sculpture à 12 $ immédiatement suivie d’une seconde à 1 500 $. M’en fallait pas beaucoup plus pour que je me sente de bonne humeur. Un petit point de n’importe quoi… tiens, pourquoi pas de charisme ?
Je notai au passage qu’il n’y avait qu’un seul lit dans cette chambre. Tant mieux ! Je me sentais pas d’humeur à partager le lit avec Hanyo. On n’était pas vraiment copines.

Oh et puis, qu’avions-nous à faire de tant d’argent d’avance ? Sur les 26 000 et quelques que nous avions, nous n’en avions dépensés que 10 000, je décidai d’en enlever encore 10 000, ce qui du moins, nous ferait toujours un bonus de 1 100 points

D’excellente humeur –une fois n’est pas coutume-, j’avisai que la plante vache semblait bonne à traire. On a fait ami-ami et je me suis enfilé un grand verre de… je préfère pas savoir quoi.

Wouahouh ! L’effet que ça m’a pas fait, dis-donc ! J’ai eu l’impression de rajeunir d’au moins trois jours. Et tant qu’à faire, tout de suite après, j’ai avalé deux grands verres d’élixir de vie. J’étais parée pour un petit moment, la vieillerie pourrait attendre avant de me tomber dessus.

Morgann et Parker s’étaient précipitées sur les appareils de musculation. Ouais, dans la neige ! J’aime mieux pour elles que pour moi. M’enfin, c’t’idée de vouloir atteindre le niveau 9, voire de posséder totalement la compétence physique, au lieu de se contenter d’acheter des statues que ça demande aucun effort.

Lorraine et Kimarion ayant choisi de partager la chambre au sous-sol… Enfin, quand je dis « choisi »… bref, c’était à elles de s’occuper des tomates qui pourrissaient sur pied depuis un bon moment, si on en juge par leur état. Ca tombait bien, Lorraine n’avait pas d’autre désir que d’arriver au niveau 5 de mécanique et y avait rien à réparer pour le moment. Quant-à Kimarion, à part se faire un ami, et ça elle aurait toujours le temps d’y penser autour d’un verre.

En parlant de verre… Ca lui apprendra à en réclamer, Hanyo a hérité de la corvée de chiottes. Je sais pas, devait y avoir un mammouth qui était allé se soulager dedans, parce que des chiottes dans cet état… mais ça tombait bien vu qu’elle voulait un point de nettoyage, et qu’elle était loin du compte.

Zundapp ? Où était donc passée Zundapp ?
Quelle surprise ! Elle était au bar, dis-donc ! Ca aurait été le bon endroit pour se faire l’ami dont elle rêvait si tout le monde n’avait pas été occupé ailleurs. Mais comme elle avait complété sa barre de créativité dans l’idée de nous jouer la fille de l’air lors de notre précédent séjour et qu’Intell voulait gagner plein d’argent. Elle aurait été plus utile à nous peindre un chef d’œuvre, -d’après lui.

Suivant sa devise : « Tous pour un, tous pour moi » il avait bien essayé de convaincre Parker et Morgann de lui rendre ce service, mais même avec un coup dans le nez, elles n’étaient pas assez saoules pour accepter d’aller se choper l’onglée juste pour satisfaire ses vieux phantasme de spéculateur véreux.
- Allez les filles, soyez pas vaches ! Après je pourrai me payer un peu de vie à rallonges.
- Tu peux aller te faire cuire un œuf ! Lui avait répondu Morgann.

Parker avait même rajouté :
- Pourquoi tu te la complèterais pas ta barre de créativité, Intell ? Comme ça, tu pourras t’en peindre à la pelle, des chefs d’œuvre.
Ce qui l’avait laissé sans voix mais non sans réflexion.
* Aller me les peler par moins 20 au thermomètre ? M’a mal regardé, elle !

Ne perdant jamais le nord, il était allé faire sa demande à Zundapp. Après l’avoir bien pommadée. Et bien sûr, Zundapp, trop bonne, avait accepté dans l’espoir qu’il s’intéresserait à elle pour autre chose que ses dons d’artiste. J’aime autant vous dire qu’elle se mettait le doigt dans l’œil.
Malgré son désir de le contenter le plus vite possible, elle dut interrompre son tableau parce qu’il faisait quand même pas chaud en polo de coton par moins 20. Ca lui apprendra à Intell, d’oublier le porte-manteau. Il devra attendre avant de pouvoir goûter à l’élixir à son tour.

Ca faisait maintenant des heures que Lorraine et Kimarion se battaient avec les pieds de tomates et Kimarion obtint son badge d’or en jardinage. Elle allait pouvoir leur faire la causette pour essayer de leur remonter le moral et les feuilles. Parce que malgré les arrosages à répétition, les tomates continuaient à faire une sale tronche.

Kimarion commençait à désespérer.
- On n’y arrivera jamais ! On n’aurait pas plus vite-fait de transformer tout ça en compost et de planter des aubergines ?
- Nan-nan, Kimarion, ça fait des heures et des heures qu’on arrose et qu’on entretient, on va pas baisser les bras maintenant. On continue !
Brave Lorraine, jamais découragée. N’en faut des comme ça !

M’enfin, au bout d’un certain temps, le jardinage ça creuse ! J’étais allée me plonger dans la piscine… -j’aime bien nager dans l’eau glacée, ça ravigote- et je perdais mon temps allègrement maintenant que j’en avais gagné suffisamment pour envisager l’avenir sans trop d’inquiétude, quand Lorraine est venue me secouer les puces.
- Quand est-ce qu’on mange ? C’est pas vous qui deviez vous charger de la popote ?

Courir jusqu’à la cuisine, croiser les doigts pour que ça fasse pas de flammes, vu que notre cuisinière attitrée, on savait pas où elle était passée, et préparer un succulent plat de poisson, parce qu’il s’agissait pas de vider le frigo.

Et nous voilà rassemblées pour partager notre premier repas. On avait sorti nos anoraks des valises et on s’apprêtait à dévorer mon succulent poisson quand Hanyo est arrivée avec son petit bol perso de chili con carne.
Elle commence à me plaire, Hanyo ! Tout pour sa pomme ! Remarquez, j’aurais dû m’en douter, les pommes pour une fée du boudin, fallait s’y attendre.
12 juillet 2007
N2. T’as pas vu le loup ?

Enfin Parker finit par l’avoir, son point de physique tant convoité. Elle exhalait une odeur de poisson pas frais qui aurait dû faire accourir tous les chats errants du quartier, normalement. Ben-nan ! On n’a pas vu le bout de la queue du moindre chat.

Vous me direz, c’est pas tellement les chats qui nous intéressaient, mais les loups. Ca ferait tellement plaisir aux aspi-connaissance, de recevoir leur petite visite. Z’arrêtent pas de nous tanner avec ça.
_ Ils sont où les loups, Intell ? Tu nous avais dit que dans le Grand Nord, on verrait des loups. Alors, où ils se cachent ?
- Meuh, qu’est ce que j’en sais, moi ? Ils vont bien finir par se pointer, un peu de patience ! On fait jamais que d’arriver.

Intell, il doit être maso. Depuis qu’il s’est fait tabasser par Hanyo, il ne rêve plus que de faire un duel de force avec elle. Mais attention, il veut le gagner ! Bon-ben, Intell, tu vas commencer par jouer gentiment avec elle à pierre/feuille/ciseaux, comme ça tu risqueras pas de te prendre une plumée et de perdre des points d’aspiration durement gagnés.
Mais… Parker ? Qu’est ce que tu fais là, ma grande ?
- Je viens me requinquer à l’élixir, ça urge ! Je sais pas si je vais rester de bonne humeur bien longtemps avec tous mes besoins dans le rouge.

- Mouahahaha ! Que ça fait du bien ! Je me sens rajeunir à vue d’œil.

Mis en joie par son petit jeu, Intell s’abreuve lui aussi.
Hé ! Bois pas tout ! C’est pas inépuisable comme les verres de cocktail ce truc là. Faut déjà les gagner les bombonnes !

- Mais-heu ! Pourquoi Parker elle a le droit d’en boire plusieurs ? J’ai à peine rajeuni de trois jours.
Toi aussi tu peux en boire plusieurs, mais pas plus de trois. Faut penser aux autres aussi. Quand t’auras gagné ta bombonne on en reparlera, pour le moment, c’est délivré avec des tickets de rationnement.

Intell s’est découvert une âme de commerçant. Il a acheté le vieux commerce démilitarisé, et ne rêve plus que de gagner des badges de vente et de réassortiment. Me demande ce qu’il deviendra quand il devra changer de quartier.

Ca le menait tellement qu’il n’a pas pu attendre le lendemain. L’a fallu qu’il aille l’inaugurer malgré la nuit tombante. A première vue, semblait pas bien engageant le commerce. Même pas de vitrine. Remarquez, pour ce qu’il y avait à vendre…

UN poisson !
- Ca fait pas riche, quand même !
Ca suffit bien ! Je sais pas si t’es au courant, mais faut tenir pendant quatre hivers et le frigo, on aura de la chance s’il tient jusqu’à la deuxième semaine, alors qu’est ce qui vous restera à croûter si vous vendez tous vos poissons ? HEIN ??! Faudrait voir à réfléchir un peu, petite tête !

- Il est un peu cher votre poisson. Il est frais au moins ?
- Bien sûr qu’il est frais ! Pêché de la veille et conservé dans mon sac à dos à la température ambiante, qu’est ce que vous voulez de mieux ?
- L’est cher quand même !
- Ah-mais c’est normal ! Vous en trouvez souvent du poisson frais par ici avec tous les lacs gelés ? Nan ! Voyez bien. La rareté c’est comme le reste, ça se paye !

- Alors, nous avons dit : une perche truitée. ‘Tendez que je calcule mon bénef…
- Pouviez pas le calculer avant ? C’est un peu longuet, votre affaire.
- Y a pas la presse ! Va pas s’envoler votre poisson, ça fait six mois qu’il attend son heure dans mon sac à dos.
- SIX MOIS ! Mais… vous m’aviez dit qu’il était pêché de la veille. Je vais vous dénoncer pour publicité mensongère, moi.
- J’ai jamais dit la veille de quand. Faut savoir décoder, mon gars !
Quand je vous disais qu’il avait une âme de voleur de commerçant.

Sitôt vendu, sitôt remplacé. A ce rythme là, il est pas prêt de décrocher son badge de réassortiment, mais au moins, on n’ira pas dire que les rayons sont vides.
La journaliste n’en est pas revenue. Elle a trouvé qu’Intell menait tout ça en maestro et elle lui a rédigé une bonne critique. Le commerce est passé au niveau 1 et je peux vous dire qu’Intell pétait de joie en nous racontant tout ça.

Une autre qui pétait de joie, c’est Kimarion qui venait de faire grande copine avec Hanyo dans le bain à remous.
- Rha, c’est dégueulasse ! Moi je reste pas là. T’aurais pu attendre d’être sortie, quand même.
- Ben quoi ? Un peu plus de bulles ou un peu moins…
- Ouais ben je t’empêche pas d’y rester si t’aimes ça Hanyo, mais les bulles de Kimarion, moi je m’en passe !

Kimarion à son tour a pu goûter à l’élixir. Vas-y sers-toi, parce que d’ici que t’aies la machine à bulles dont tu rêves, t’es pas prête d’arrêter de nous les faire de manière artisanale.

Pendant que sa co-équipière se la coulait douce, Lorraine, infatigable, entretenait les tomates. Elle y gagna un badge d’argent, mais n’était pas plus contente pour autant.
- J’en ai marre de me taper le jardinage à moi toute seule. Elle est où Kimarion ?
Kimarion ? Je crois qu’elle se repose d’avoir rien fait. Mais t’inquiète Lorraine, quand t’iras te coucher, t’auras pas besoin de bouillotte : le lit sera chaud.

Le lendemain, grande contestation dans la salle de bain. -Si on peut appeler ça une salle de bain.
- Rha, Morgann, t’as bouffé des péteux ou quoi ? Ca pue, c’est terrible !
- Nan, c’est pas ça. C’est que j’ai pas pu prendre ma douche. Je la trouve plus.
- Tu la trouves plus ? Et c’est quoi ça, si c’est pas des douches ?
- Oui-mais c’est pas la mienne ! Je veux la mienne ! Elle est où la mienne ?
- Aaaah, tu veux parler de celle qu’on a vendue.
- Vous l’avez VEN-DUE !!
- Ben-oui, ça servait à rien d’en avoir trois et ça fait des points pour le défi. Alors tu te douches avec une autre et t’en fais pas toute une histoire.

Lorraine ! Tu vas être contente, on demande l’expert en mécanique pour déboucher les chiottes.
- Pfff, c’est pas avec ça que je vais atteindre mon niveau cinq. Tombent jamais en panne les douches ?
- En parlant de douches… t’as vu ? N’en reste plus que deux. J’aimais mieux l’autre, moi.
- Mais c’est les mêmes Morgann, qu’est ce qu’elle avait de spécial ta douche ?
- Elle avait qu’elle était à côté de la porte, on perdait moins de temps pour y aller.
Morgann, je serais toi, je retournerai à ma muscu. Tout le monde s’en fout de ta douche. Toute façon, la perte de temps, c’est pas une question de distance, s’agit juste de savoir si quelqu’un est en train de trôner ou pas.

Pendant ce temps là, au bar…(tiens, quelle surprise !) Zundapp se demandait si elles allaient se décider à sortir de la salle de bain.
- Tu grouilles de prendre ta douche Morgann ? Y en a qui attendent ! Je vais finir par me pisser dessus si ça continue.

- C’est quoi ce boucan ? Ca va pas de me réveiller en hurlant ?
- C’est pas ma faute, Hanyo. J’ai besoin d’aller aux WC mais Morgann nous fait tout un cinéma parce qu’on a vendu sa douche. Comme si c’était le moment de faire des chichis.
- Ouais, j’ai déjà remarqué que Morgann elle pensait qu’à son petit confort. Déjà qu’elle peut se reposer quand elle veut dans son lit double, alors que nous avec Fonsine on est obligées de faire les trois/huit.
- Nous aussi on fait les trois/huit avec Intell.
- Oui-mais, vous, vous avez un canapé pour faire la sieste, alors que nous, en plus de se payer la corvée de cuisine pour tout le monde, question confort, c’est plutôt spartiate.

Dis-donc Zundapp, je croyais que t’avais envie de pisser.
- Meuh, rhooo l’autre ! C’est que de l’eau !
C’est peut-être que de l’eau, mais tu crois que ça va arranger ta vessie ?
- Nan-mais ça arrange drôlement mes relations avec la déesse. T’as vu ? On est copines maintenant.

Bon-ben, en attendant que Morgann se soit lavée entre les doigts de pieds, si tu levais ton verre à ta santé ? Tant pis si t’as une fuite, faut en profiter pendant que t’es de bonne humeur, ça t’arrive pas si souvent.
Ouf ! Nos deux aspirantes au plaisir ont gagné quelques jours de sursis. Reste Lorraine et Hanyo, on est à cours d’élixir, mais le temps qu’elles réalisent leurs désirs, on aura peut-être l’occasion d’en gagner d’autre. Si seulement un loup voulait bien se donner le mal de passer par là.
Sont où, les loups ?